« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait »

Catherine Hu
6 mai 2021
I’MTL

Présentation

Mon nom est Catherine Hu, ambassadrice du projet I’MTL, fière citoyenne d’Ahuntsic-Cartierville et étudiante à temps plein. La jeunesse et la politique ont toujours été une passion pour moi, voici donc un article qui traite justement de ces deux sujets. Je n’ai peut-être pas les qualifications pour diagnostiquer un problème de société, mais je pense sincèrement que l’engagement citoyen des jeunes et une classe politique plus ouverte sont la base pour régler beaucoup de nos préoccupations. J’ai été très chanceuse d’avoir eu autant d’opportunités dans ma vie, j’ai rencontré de merveilleuses personnes à qui je suis très reconnaissante et je suis allée dans une école fabuleuse qui m’a ouvert encore plus de portes. Cet article, c’est donc moi qui réinvestis tout ce que j’ai appris de ces expériences, mettre en mot mes pensées et partager ma vision en tant que jeune citoyenne engagée.

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait »

À nous,

Ah les jeunes et leurs écrans! Ils ne comprennent rien! Ils n’ont pas assez d’expérience. Moi, dans mon temps, on ne faisait pas comme ça! C’est la  génération “offensée”. C’est quoi ces nouvelles modes? Ils ont la vie trop facile.

C’est eux le futur de notre société?!?

Eh bien … Oui, c’est nous. L’Histoire malheureusement se répète souvent et il me semble que ce n’est pas la première fois que cette sorte de situation refait surface. Dites-moi si je me trompe, mais les changements les plus tumultueux de notre Histoire n’ont-ils pas été l’œuvre de la jeunesse immuable de leur époque? Pourquoi sommes-nous si surpris à chaque fois?

Ainsi, pendant la Révolution française, de jeunes leaders comme Robespierre, Danton et Brissot ont amené une génération entière à transformer une vague en un tsunami, tsunami si puissant qu’il a réussi à creuser un gouffre entre deux grandes époques. Le passage du Classicisme au Romantisme, la nouvelle époque de l’art, un mouvement culturel alimenté par la passion de jeunes artistes tels que Lamartine, Hugo, Vigny, Musset a également œuvré dans ce sens. N’oublions pas l’apparition de la mode garçonne, la libération des jeunes femmes sur leur sensualité, la montée de mouvements féministes, la révolution de la musique et de la danse des Années folles. Et bien sûr, probablement le mouvement qui vous sera le plus familier, la fameuse génération des baby-boomers qui, dans les années soixante, a chamboulé notre société moderne et a fait que leurs standards sont devenus les nôtres.

Attribution: © Wikimedia Commons/ Domaine Public / Dchariserin – Coco_Chanel / Mobilus In Mobili – John Lewis

Quelques leaders de la jeunesse dans notre Histoire. De gauche à droite, avocate féministe et révolutionnaire, Olympe de Gouges, Victor Hugo, grand auteur romantique, Coco Chanel, pionnière de la mode et idole des jeunes filles dans les Années folles et John Lewis, jeune activiste durant le Civil Rights Movement et plus tard politicien.

Ce sont toutes des générations, comme nous, qui ont été critiquées par leurs prédécesseurs. Cela ne les a pas empêchées de changer le monde pour autant. Nous sommes déjà parti.e.s sur une lancée, la jeunesse va changer le monde, c’est certain. Cependant, il nous manque une chose: le temps. Malgré mon désir de ne pas vouloir trop exagérer, mais les changements que notre génération va créer seront critiques pour notre humanité. 

Je suis bien consciente que c’est une introduction lourde de sens, mais elle est nécessaire. Après tout, l’Histoire est notre meilleure école. 

S’unir pour l’avenir

Historiquement parlant, un changement majeur dans la société est accordé soit par l’autorité supérieure, par exemple le Mouvement américain pour les droits civiques (Civil Rights Movement) lorsque le président Johnson a signé le Civil Rights Act de 1964 et la Révolution tranquille au Québec, soit par un renversement de pouvoir comme pendant la Révolution française et le mouvement politique des Jeunes-Turcs. Dans notre cas, je ne pense pas que la deuxième option soit une solution viable considérant les enjeux auxquels nous faisons face. En somme, il faudrait s’allier avec le gouvernement et entrer dans l’arène politique pour changer les choses. Le problème est donc ici: les jeunes ne réussissent pas à s’identifier à la classe politique actuelle étant donné  qu’ils y sont très peu représentés. De plus, les politiciens présents n’accordent pas assez d’importance à la voix des jeunes. Comme on l’a vu dans le Civil Rights Movement, il faut un changement marquant qui part de la tête pour pouvoir faire  bouger la queue. 

Pourquoi cette division?

C’est un fait mondial, depuis les 20 dernières années, il y a un déclin dans l’engagement civique et politique chez les jeunes. Au Québec, les 18 à 35 ans sont ceux qui exercent le moins leur droit de vote.1 Comme nous représentons le tiers des électeurs, il va de soi que notre voix est déficiente dans notre démocratie. Pourtant, selon un sondage mené par l’INM (Institut du Nouveau Monde) en 2018, 85% des jeunes se disent attachés à la démocratie et 77% reconnaissent l’importance de voter.  Pourquoi ce paradoxe? C’est bien simple: la deuxième moitié du sondage révèle que seulement 49% des jeunes pensent que le vote peut changer les choses, mais que 71%, ce qui est énorme, ne se reconnaissent plus dans la classe politique.2

Où sont-ils alors? Non, nous ne sommes pas tous devant nos écrans et non, nous ne sommes pas tous insouciants. Au contraire, nous avons trouvé de nouvelles façons de nous engager. En effet, au lieu de nous associer à un mouvement politique, nous concentrons notre énergie sur des causes qui nous tiennent à cœur, par exemple la lutte contre le changement climatique, quand un demi-million de jeunes sont descendu.e.s dans les rues de Montréal le 25 septembre 2019 , les mouvements antiracistes comme Black Lives Matter, féministes dans les écoles, contre la pauvreté, contre la pollution, pour les droits LGBTQ+, etc. Une génération-écran! Eh bien oui! Les réseaux sociaux comme Instagram, Tiktok, Snapchat, YouTube, Twitter et Facebook sont au centre de beaucoup de mouvements activistes. Dans ces mouvements, on peut compter les Printemps arabes en 2010 que l’on a surnommé “révolution 2.0”, la fameuse “révolution des parapluies” à Hong Kong en 2014, la vague de dénonciation avec le #MeToo en 2017, le #MarchForOurLives en 2018, les mouvements contre le changement climatique sous l’influence de Greta en 2019, BLM et le combat pour l’équité raciale en 2020 et tant d’autre en 2021 que je ne suis plus capable d’en suivre le fil.

Malheureusement, il y a toujours cette idée que les réseaux sociaux ne sont qu’un jouet pour les jeunes et donc, la plupart de nos paroles passent sous le radar. Pour plusieurs, la télévision, le journal, la radio sont des technologies d’une autre ère. Il y a donc déjà une barrière ténue entre ce que les jeunes et ce que les “vieux” consomment.  

D’un autre côté, beaucoup de politiciens ne font pas plus d’efforts pour rallier les jeunes, car ils veulent mettre leur énergie à gagner la confiance de la population qui vote le plus, et ce ne sont pas les jeunes, comme nous l’avons vu précédemment. On tombe alors dans un cercle vicieux.

Que faire?

Maintenant que vous savez un peu ce qui se passe aux deux bouts de l’arc, il suffit de les connecter pour former un cercle. Cependant, ce ne sera pas facile, il faudra beaucoup de forces, bien réparties de surcroît.

Heureusement, pour ce faire, nous avons à notre disposition un outil infaillible. C’est un concept magique qui va réunir les deux générations de façon agréable: je vous présente… (roulement de tambour), l’éducation! Il faut bien se comprendre, je ne parle pas d’ajouter un cours ou d’avoir un examen sur l’engagement civique, les étudiants ne manquant pas de travail, je vous l’assure. Je parle de remplacer un cours ou d’incorporer des notions sur l’éducation à la citoyenneté, de permettre davantage aux jeunes de s’exprimer, de faire des débats sur des sujets controversés, de faire des simulations de vote, d’avoir un système d’élection dans l’école, de mettre en pratique leurs compétences éthiques, etc. Ce n’est pas normal qu’il y ait encore des ados de 17 ans qui ne connaissent pas la différence entre le municipal, le provincial et le fédéral.

« L’éveil à la démocratie est un processus qui doit commencer tôt dans la vie. Offrir des expériences pratiques de démocratie aux futures électrices et aux futurs électeurs est un investissement pour l’avenir. Ces expériences leur permettent notamment de prendre conscience de l’importance de ce geste citoyen qu’est celui de voter »

 Pierre Reid, directeur général des élections du Québec 5
Photo de Pixabay sur Pexels.com

Appel aux jeunes

Nous pouvons tous faire quelque chose pour notre société. N’aie pas peur de viser haut, d’avoir trop d’ambition. On a besoin de toi, jeunesse. Nous sommes les adultes, les leaders, les PDG de demain. 

Tu ne sais pas par où commencer? Ne t’inquiète pas, on ne naît pas citoyen et citoyenne engagé.e, on le devient. C’est comme apprendre sa langue maternelle, il y a un processus, mais à la fin on en est tous capable. Seulement, le niveau de compétence sera différent pour chacun, et comme pour toute langue, il y a des principes: 

1- L’écoute et la tolérance. Pour comprendre le point de vue de l’autre, pour pouvoir travailler en équipe, pour être ouvert à différentes critiques, il faut apprendre à accepter et à écouter. Cela paraît peut-être banal, mais ce n’est pas si évident à mettre en pratique. C’est comme la grammaire, pour certains, cela se fait les deux doigts dans le nez, pour d’autres ce n’est pas si évident. 3

2- La participation dans la communauté. C’est l’aspect que je considère le plus important pour être un citoyen engagé. La participation, c’est s’engager, s’impliquer comme faire partie d’une équipe sportive, être membre d’un comité, d’un conseil, être représentant de classe, assister à des conférences, des conseils de ville, participer à des évènements, dans des maisons de jeunes, dans des spectacles, faire du bénévolat, voter, se présenter à des élections municipales, fédérales, provinciales, organiser une campagne, créer une plateforme de partage, appuyer une cause, écrire un article, et encore plus. Les opportunités sont partout, il suffit d’y prêter attention. 4

Appel aux politiciens

Nous avons réalisé que pour changer les choses, il fallait votre appui, vous les politiciens, celui des institutions et du reste de la population. Tant pour le sujet de l’environnement que pour le racisme, ce sont deux thèmes qui ont attiré beaucoup l’attention, mais qui ont engendré trop peu de changements. Nous sommes préoccupés par notre société et souhaitons avoir un impact. Allez vers les jeunes, attirez leur attention et gagnez leur confiance. C’est le moment ou jamais de laisser vibrer la voix des jeunes. Donnez-nous un micro et nous allons parler, notre génération ne manque pas d’idées ni d’opinion; ce qui nous manque à présent, c’est une paire d’oreilles qui peut changer les choses maintenant.

Conclusion

Finalement, du passé au présent, d’aujourd’hui à demain, notre monde aura toujours une jeunesse en constante évolution. L’important, c’est de s’adapter aux réalités changeantes et de prendre et laisser certaines leçons du passé. Unissons-nous pour l’avenir, délaissons cette division de génération et avançons ensemble pour écrire l’Histoire à notre tour.

Sources:
1 Neria, Laure (2018, 27 septembre). « Les jeunes et la politique, d’hier à aujourd’hui ». Radio-Canda, en ligne, [https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1092806/faible-participation-jeunes-elections-dge-tournee].
2 Caron-Malenfant, Julie (Directrice Générale de l’INM) (2019, 26 août). « Les jeunes nous parlent écoutons-les ». Le Devoir, en ligne. [https://www.ledevoir.com/opinion/idees/561325/les-jeunes-nous-parlent-ecoutons-les]
3 Assemblée parlementaire de la Francophonie, Les jeunes et la politique dans l’espace francophone, Séverin, Jean-Marie (Vice-président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie ), [En ligne], [https://apf.francophonie.org/Les-jeunes-et-la-politique-dans-l.html].
4 Nations Unies, L’engagement civique et politique des jeunes et la citoyenneté mondiale, Barrett, Martyn (Professeur émérite de psychologie à l’Université de Surrey), [En ligne], [https://www.un.org/fr/chronicle/article/lengagement-civique-et-politique-des-jeunes-et-la-citoyennete-mondiale].
5 Dubé, Brigitte (2018). «La faible participation des jeunes aux élections: une tendance qui s’accentue». Radio-Canada, en ligne, [https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1092806/faible-participation-jeunes-elections-dge-tournee].
Magazine-Savoir, S’ouvrir à la démocratie dès le plus jeune âge, Lebreux, Marlène (Conseillère en éducation à la démocratie, Élections Québec)(2019), [En ligne], [https://www.magazine-savoir.ca/2019/03/01/souvrir-a-la-democratie-des-le-plus-jeune-age/].

Merci à Florence Alborghetti, André-Mathieu Savaria et Manon Martin pour la révision du texte.


À propos de Catherine

Catherine est en secondaire 5 et a été admise en Sciences, Lettres et Arts. Elle aimerait créer des projets à impact positif sur la société qui vont aussi lui permettre d’être fière de ses réalisations, de sortir de sa zone de confort et de découvrir le monde. Passionnée de sport, musique et arts, elle adore apprendre et découvrir de nouvelles choses.

Un avis sur « « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » »

  1. Wow super bel article: inspirant et concret! Félicitations Catherine (et l’équipe), je te souhaite un bel avenir; tu fais définitivement partie du changement d’aujourd’hui et de demain!

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