Le racisme, ça existe encore?

Insultes gratuites, commentaires désobligeants, comportement irrespectueux à cause d’une couleur de peau différente. La discrimination à caractère raciale fait partie du quotidien des jeunes à Montréal. Un groupe de jeunes de 13 à 26 ans de la Maison des Jeunes de Bordeaux-Cartierville évoquent leurs vécus et proposent des pistes pour agir. 

Constat de la situation actuelle, témoignages 

Gucci : « Sale nègre ! Sale singe ! C’est un kahlouch ! ». On l’entend très souvent. Mais avez-vous déjà été interpellé dans votre quartier parce qu’on ne voit pas souvent les gens avec votre couleur de peau aux alentours ? Si je n’avais pas gardé mon calme et parlé sur un ton poli, j’aurais sûrement été menotté. 

Djimet : « Hey, retournez chez vous ! On ne veut pas de vous ici ! On était là avant vous ! On a plus de droits que vous ! Sortez d’ici ! Et baissez les regards ! ». Un tel discours laisse, certainement, sans mot. J’ai cru que c’était une blague et que dans quelques secondes on allait me dire « les caméras sont là, là et là, tu te fais avoir». Mais non, c’était bien réel ! J’ai gardé mon calme du mieux que j’ai pu.

Yassimina : « On est dans le métro avec des amies, en train de discuter… Sans qu’on s’y attende un monsieur commence à nous crier dessus en disant qu’il nous ferait retourner dans notre osti de pays ».

Joel Auguste : J’étais dans un entraînement de course et il y avait un jeune québécois. Pendant qu’on courait il disait à voix haute « Joël aime trop parler et il sait toujours tout ! Il ne pourrait pas fermer sa bouche ? En plus, pourquoi il ne coupe pas ces gros cheveux ? ».  A cette époque j’avais une grosse coupe afro. Je lui ai répondu : « Pourquoi mes cheveux te dérangent ? T’aimerais que je te dise la même chose si tes cheveux étaient longs ? Evidemment que non !». Mais cela a continué. Désormais il riait en le disant. Le pire c’est que personne n’osait lui parler pour lui dire qu’il disait des choses discriminantes. Mais je lui répondais à chaque fois ! Je n’avais personne. Que mes mots et mon refus d’accepter d’être piétiné par des mots ou des gestes discriminants. 

Saliman: « C’était en 2016. Je suis au parc et là il y avait des groupes de gars qui avait à peu près mon âge. L’un d’eux s’est tourné vers moi et m’a dit « On n’aime pas les noirs ici ». Je pense que je n’oublierai jamais cette phrase. Ce jour-là, je suis rentrée chez moi la tête pleine de questions et de ressentiments. 

Manal : C’est arrivé à plusieurs reprises. J’étais avec ma mère qui est voilée et on nous a dit de retourner dans notre pays. Notre réaction n’est pas toujours la même. Des fois nous ignorons la personne car essayer de résonner des personnes qui tiennent ce genre de propos est une perte de temps. Mais parfois si ces propos viennent d’un personne de notre entourage on essaye de leur parler, leur expliquer qu’on a notre place autant qu’eux dans ce pays. Toujours dans le respect car la violence ne mène à rien.

Djimet : Ces paroles sont souvent lancées contre nous, les Noirs, les Arabes, les immigrés, les autres venus d’ailleurs. Nous sommes ceux qui détruisent le Québec, selon eux. 

Quelques fois ce ne sont pas les mots mais les actions.

Yvann : Personnellement, je n’ai jamais été victime de racisme mais un de mes amis l’a déjà été. On entre dans un bus pour se rendre à l’école. La seule place disponible est à coté d’une femme blanche d’environ 50 ans. Lorsque mon ami essaie de s’asseoir, la femme se lève pour aller ailleurs. Quand il est descendu, elle est revenue s’asseoir à cette même place… mais à coté d’un autre jeune qui, lui, n’était pas noir. 

Dave-Juno : Je travaillais à la plonge dans un restaurant et j’espérais pouvoir y prendre un autre poste. Je me trouvais compétent pour le faire et j’ai manifesté mon envie à l’équipe. On m’a alors fait comprendre que cela n’allait pas arriver. Il pourrait avoir des clients qui ne sont pas à l’aise avec les noirs et le poste de la plonge était caché des clients. Je n’ai rien pu faire car c’était mon premier emploi et je voulais le garder.

Que veux-tu que les jeunes sachent au sujet du racisme ? 

Dave-Juno : J’aurais aimé qu’on me dise lorsque j’étais jeune qu’il a plusieurs manières ou de formes de racisme, ça peut être direct ou bien indirect.

Joel Auguste : Le racisme existe mais chaque personne peut l’exprimer de diverses façons face à quelqu’un qui n’est pas de sa race. Par des moqueries, des reproches sur sa façon de voir et de faire les choses qui sont différentes de sa culture. 

Djimet : Si l’on parle autant du racisme c’est qu’il existe. Il est réel et non une fiction, un mythe ou de l’histoire ancienne. Subir une discrimination marque la personne, la suit, lui nuit. Elle affaiblit, détruit la vie d’autrui. Alors c’est important de remettre en question nos actions.   

Saliman : Qu’ils retiennent bien cela : il n’y a que les personnes incultes qui rabaissent les autres pour se sentir supérieurs. 

Alkhalil : Le racisme est toujours là. Et il faut éviter d’être gentil ou doux avec ce genre de personnes car c’est ainsi qu’elles vont se permettre d’utiliser des propos racistes. Mais il ne faut pas non plus être arrogant ni vulgaire.

Manal : De nos jours le racisme est trop normalisé, banalisé alors que c’est quelque chose de très grave. On doit absolument y remédier. Mais ce n’est pas pour autant une raison de répondre de façon méchante ou violente car ça fait de nous des personnes aussi mauvaises que ceux qui ont tenu ces propos racistes envers nous.

Gucci : Le racisme est la peur de ce qu’ils ne connaissent pas, c’est souvent l’ignorance transmise par un parent ou une personne haineuse de peur de perdre ses privilèges. Par exemple, il y a de l’ignorance blanche. 

Catherine : Parfois ça peut créer une pression et une barrière invisible dans notre pensée. Ce n’est peut être pas dites ouvertement mais certains peuvent inconsciemment prendre certaines des décisions à cause d’un manque de confiance ou d’une peur du jugement. 

Quelles solutions pour faire évoluer les mentalités et changer les choses? 

Alkhalil : Presque toutes les solutions ont été utilisées. Mais cela n’a pas changé les mentalités des gens, juste un peu amélioré. Ce que je propose c’est vraiment d’insulter, de dénigrer et de rabaisser ces personnes là à la vue de tous. Qu’ils ressentent la douleur d’une personne quand elle subit du racisme. Sinon comment espérer qu’ils comprennent ?

Gucci : Tant que les peines ne sont pas sévères on aura toujours des ignorants qui vont continuer à faire preuve de racisme. Il faut sensibiliser plus les jeunes en bas âge : ils doivent rapporter ou dénoncer toutes formes de discrimination.

Djimet : Il n’y a pas de solution magique. Je crois qu’une grande part du racisme est due à la peur de l’inconnu. Cette peur crée un détachement et des stéréotypes : « ah les autres sont ci, les autres sont ça ». Et combien détestent une chose sans prendre la peine de la connaître ? Alors ma solution c’est de sortir de sa zone de confort pour rencontrer « ses peurs ». 

Catherine : Il faut sensibiliser, faire comprendre aux gens différentes réalités sans nécessairement donner une grosse leçon de morale. Surtout laisser à l’autre partie des chances de comprendre, de se pardonner, et finalement de changer. Ça ne sert à rien de contrer l’intolérance par de l’intolérance. Le but de la société c’est d’éliminer le racisme et non les personnes qui sont racistes. Une personne vivante a la capacité de réfléchir et de penser. Ce qui veut dire que leur mentalité peut changer. Une personne morte, n’a évidemment pas la possibilité de changer. Alors là il faut faire preuve de recul et de compréhension : l’Histoire ne peut être réécrite donc il faut garder le bien et apprendre de ce qui a été fait de mauvais pour ne pas le répéter.

Joel : Il faut qu’on comprenne que tous les peuples du monde entier font partie de la race Humaine et on doit accepter que l’autre soit différent. Il faut éduquer les enfants dès leur très jeune âge pour qu’ils apprennent que la couleur de peau d’une personne ne le différencie pas des autres. Il faut créer des institutions qui puissent promouvoir la diversité et aider les enfants depuis qu’ils sont petits à comprendre ce qu’est le racisme et qu’ils doivent tolérer quelqu’un qui n’est pas de leur race peu importe son origine. 

Dave-Juno : Lorsque vous vivez du racisme, respectez-vous. Mais soyez le plus sage afin d’apprendre aux autres comment leur commentaire ou leur façon de penser sont perçus. Il est important d’influencer les personnes pour qu’elles s’améliorent. À la fin, personne n’est parfait et il faut apprendre à pardonner et à aller de l’avant. Parler des réalités vécues fait changer la vision des gens et elles deviennent respectueuses lorsqu’elles comprennent ce que les minorités visibles vivent.

Le racisme ne connaît pas de barrière d’âge. C’est le message de ces jeunes du quartier Bordeaux-Cartierville qui en ont fait l’expérience assez tôt. Il n’est jamais trop tard ni trop tôt pour agir. Ferez-vous partie de la solution ou du problème ? Comment peut-on agir et changer les choses ?

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